Luth baglama électrifié, derbouka et programmation électronique, danse du ventre et animation sur palette graphique, sur scène comme sur disque le groupe Babazula symbolise parfaitement la Turquie d’aujourd’hui. Aussi à l’aise avec l’immense héritage du pays, à cheval entre l’Europe et l’Asie, qu’avec la technologie de pointe, ces musiciens et graphistes développent un son unique entre taksims orientaux, rock échevelé et dub aquatique, tout en cultivant une image moderne et alternative.
Le quartet initial (Murat Ertel aux voix et luth, Levent Akman aux machines et percussions, le percussionniste Cosar Kamçi et la chanteuse Elena Hristova) accueille pour ce nouvel album quelques-uns de leurs amis turcs et internationaux. La comédienne Serra Yilmaz pose sa voix sur le morceau d’ouverture, Cem Yildiz démontre sa virtuosité au cura (instrument à cordes pincées) sur la suite Hopçe, le collectif d’electrodub allemand Alcalica arrange et chante la comptine barrée Le Furet dans la Forêt en Feu, le clavier norvégien Buge Weseltoft joue du sintizayrirlar (turquisation libre du terme synthesizer) sur Hayde Hayde, le bassiste et chanteur américain Tod A, fondateur des groupes Firewater et Cop Shoot Cop, marque de son empreinte le très stonien (période psyché) Temptation, l’ex-Asian Dub Foundation Dr. Das fait vibrer sa basse sur deux titres et notre Titi Robin national égrène les notes de sa guitare sur deux autres.
L’ambiance est à l’image des gecekondus qui donnent leur nom à l’album, petites maisons de fortunes qui poussent sans permis de construire sur les terrains déserts d’Istanbul : un sentiment de nécessité et d’improvisation joyeuse. Pour renforcer l’aspect visuel déjà bien léché sur l’emballage cartonné avec petites fenêtres découpées, un bonus vidéo illustre le titre Komsu sous la forme d’un film d’animation ingénieux, amusant et acerbe.
Un album indispensable qui, hélas, est seulement disponible sur internet ou en import.